Échec et mat chez BCE?
La nouvelle a fait crépiter tous les téléscripteurs hier : la vente de BCE à Teacher’s et ses partenaires, ne passerait pas le test de solvabilité, selon le cabinet comptable KPMG, du moins dans sa forme actuelle. En bon français, la transaction chargerait tellement de dettes sur le dos de Bell, que sa survivance pourrait poser problème.
En chiffres, il faudrait rajouter 3 à 4 milliards $ du côté de l’avoir des futurs propriétaires de BCE, donc Teacher’s et ses partenaires, pour renforcer un certain équilibre entre la dette et l’avoir des actionnaires de la future entreprise privatisée. Peut-on trouver cet argent quelque part?
Je vous rappelle qu’il y a quinze jours, BCE offrait aux créanciers actuels de Bell de racheter par anticipation jusqu’à 1,9 G$ de leurs créances. Hier, le président de BCE, George Cope, qui œuvre dans la téléphonie depuis plus de vingt ans, notamment chez Telus, différait totalement d’opinion avec les comptables de KPMG, et rappelait que BCE détenait présentement 2,5 G$ en encaisse, et dégageait de bons bénéfices de ses opérations régulières, malgré un contexte économique difficile.
Teacher’s, la deuxième plus grosse caisse de retraite au Canada, gère environ 115 G$ pour le compte des enseignants ontariens. La Caisse de dépôt et placement du Québec, la plus grosse au Canada, gère environ 155 G$ pour le compte de quelques 25 gros clients, dont la RRQ, le RREGOP, la CSST, la SAAQ, etc.
La Banque TD, qui fait partie des acheteurs de BCE à la hauteur de 500 millions $, et des prêteurs à la hauteur de 3,3 G$, gère aussi quelques centaines de G$, et l’avoir de ses actionnaires se chiffre aussi en G$. Son président Edmund Clark, a répété il y a quinze jours que selon lui, la transaction était conclue, comme je l’ai rapporté dans le bulletin hebdomadaire de ce site, il y a deux semaines.
Bref, Teacher’s et ses partenaires ont rencontré plusieurs gros obstacles sur leur chemin, depuis l’annonce de leur intention de privatiser BCE, il y a 18 mois, et ils les ont tous surmontés : organismes réglementaires, appels aux tribunaux, crise financière, etc. La transaction devait d’abord se conclure avant la fin de mars 2008, puis avant le fin de septembre dernier, et enfin au plus tard le 11 décembre qui vient.
Faudra-t-il accorder un autre délai d’un mois supplémentaire, pour trouver les quelques G$ qui manquent? On se retrouverait alors au début de 2009, et le gain de capital de milliers d’actionnaires de BCE, gros, moyens et petits, deviendrait imposable au printemps 2010 seulement.
André Hains
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