Déflation en vue?
Le mois dernier aux États-Unis, l’indice des prix à la consommation, principale mesure de l’inflation, a reculé à 3,7 % « seulement », si l’on peut dire, soit 1,2 de moins qu’en septembre. Ce serait le plus fort recul mensuel depuis 1949, semble-t-il.
Il s’agit évidemment d’une première estimation, bien entendu, qui sera corrigée au cours des prochains mois, à mesure qu’entreront les vrais chiffres. Et vous savez le peu de fiabilité que comporte toujours une première estimation, basée sur des chiffres tout à fait préliminaires.
Mais il n’en fallait pas plus pour que les économistes recommencent à s’énerver, et à énerver tout le monde. À cette vitesse-là de recul, ont-ils déclaré, on pourrait rapidement sombrer dans la déflation, un mal encore pire que l’inflation, déjà considérée comme le cancer de l’économie.
Déflation, vous dites? C’est le contraire de l’inflation, donc une baisse générale des prix. Et que faites-vous comme consommateur, quand vous voyez la plupart des prix reculer? Vous reportez vos achats qui ne sont pas urgents ou indispensables… comme tous les consommateurs, qui représentent 65 à 70 % de l’économie. Quand le moteur de la locomotive toussote de plus en plus, on peut craindre que la loco s’arrête bientôt, et tout le train économique avec elle.
La dernière déflation connue a eu lieu au Japon dans les années 1990. Elle a duré une douzaine d’années, de mémoire. Quand l’économie menace de s’emballer, ou de trop ralentir, les banques centrales peuvent toujours augmenter ou diminuer les taux d’intérêt. Mais quand les prix commencent à dégringoler, la politique des taux d’intérêt ne sert plus à rien. Alors la déflation entraîne ou accélère la récession.
Il ne faut pas confondre la déflation et la désinflation. Cette dernière désigne un ralentissement de l’inflation, une situation habituellement favorable à la consommation. La déflation est beaucoup plus grave, car on ne sait pas quand les familles vont recommencer à consommer.
Mais avant de se frapper la tête sur les murs, il faudrait reprendre son calme. Et constater d’abord que l’inflation américaine se situe encore à 3,7 % en octobre, en première estimation. Ensuite, que la baisse des prix du pétrole, principale responsable du recul de l’inflation, fait bien l’affaire des consommateurs, qui apprécient les économies sur l’essence et l’huile à chauffage, et qui pourront dépenser cet argent autrement.
André Hains
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