Avez-vous déjà vécu une récession?
« Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », chante Aznavour depuis plus de 30 ans. Ses moins de 20 ans du début, en comptent maintenant plus de 50, et ils n’auront jamais connu ce quartier de « Montmartre en ce temps-là (qui) accrochait ses lilas jusque sous nos fenêtres ».
Pour parodier le célèbre chanteur, je vous parle d’un temps où l’on traversait une récession à tous les cinq ou six ans, dans les années 1960 à 1990. La dernière récession officielle remonte au début des année 1990, plus précisément 1990-91 au Canada, et 1991-92 aux États.
On a failli en avoir une, au début de la présente décennie, mais on a constaté, près d’un an plus tard, qu’on l’avait finalement évitée, de peu, mais évitée quand même. On l’a donc oubliée rapidement.
Voilà donc plus de quinze ans qu’on n’a pas vécu de véritable récession dans les pays industrialisés. Plusieurs adultes ne s’en rappellent même plus, et les moins de trente ans, qui sortaient à peine de l’adolescence à l’époque, ne l’ont même pas vu passer.
En fait, la dernière récession qui a vraiment fait mal, remonte à 1981-82. Ce fut en réalité la dernière récession de l’ère industrielle. Des taux de chômage dans les deux chiffres, des taux d’intérêt dans les deux chiffres aussi, entre 12 et 14 %, des taux d’intérêt qui approchaient les 20 %, des mesures exceptionnelles pour protéger des emplois stratégiques, chez Pratt & Whitney par exemple (travail partagé et prestations de chômage), des mises à pied massives, des milliers de petites entreprises qui fermaient leurs portes… L’enfer, quoi.
J’entrais de plein pied dans la carrière journalistique à ce moment-là , au journal Les Affaires, qui renaissait lui-même de ses cendres, racheté par le groupe Transcontinental, son imprimeur et principal créancier, avec la banque. On avait ouvert une « notice nécrologique », dans laquelle on décrivait des entreprises en faillite, avec le nom du syndic. Les bonnes entreprises en profitaient pour acheter des actifs à bon prix.
Les gouvernements avaient trop tardé à intervenir pour casser l’inflation, et avaient dû ensuite imposer une médecine de cheval pour y arriver. Ils ont appris de leurs erreurs, depuis ce temps-là .
La crise actuelle, amplifiée par les médias et leurs informateurs, comme d’habitude, reste beaucoup plus financière et surtout boursière, plutôt qu’économique. Vivrons-nous bientôt une vraie récession? On le saura au cours des prochains mois. Mais ne vous en faites pas trop : on n’en meurt pas.
André Hains
- Cliquez ici pour faire un commentaire.







