Interdire les ventes à découvert?
Les autorités réglementaires auront mis un temps fou à comprendre le danger mortel des ventes à découvert. Ou plutôt, elles l’avaient bien compris, mais elles ont cru que la crainte du danger allait freiner les ardeurs suicidaires des spéculateurs.
On fait habituellement de l’argent en Bourse, en revendant des actions d’entreprise à un prix plus élevé que celui qu’on avait payé quelques années plus tôt. Mais on peut aussi faire de l’argent en vendant des actions qu’on ne possède pas, parce qu’on sait ou qu’on pense qu’elles vont baisser. Comment peut-on vendre des actions qu’on ne possède pas? En les empruntant, tout simplement.
Vous saviez ou vous pensiez l’automne dernier, que les actions de Garda allait planter cet année. Vous en avez emprunté 1000 au courtier, que vous avez revendues immédiatement à 20 $, par exemple. L’argent demeure dans votre compte chez le courtier, mais vous lui devez maintenant 1000 actions de Garda. La semaine dernière, vous avez racheté 1000 actions de Garda à 8 $, et vous les avez remboursées au courtier. Vous avez gardé pour vous les 12 $ de différence entre votre prix de vente (à découvert), et le prix de rachat pour rembourser le courtier. Un beau bénéfice de 12 000 $.
Achetez des actions à 8 $ comporte un risque, limité à 8 $. Vendre à découvert, comporte un risque illimité. Si les actions montent au lieu de baisser, il n’y a pas de plafond, donc de limite à une perte éventuelle.
Les fonds communs de placement, qui gèrent des centaines de milliards de dollars, n’ont pas le droit de vendre à découvert; le risque est trop grand, ont jugé les régulateurs. Alors les gros spéculateurs ont créé des fonds de couverture (hedge funds), réservés aux investisseurs professionnels, pour faire par en arrière ce qu’ils ne peuvent pas faire par en avant.
Quand ils vendent à découvert, ils prennent tous les moyens pour faire planter les actions le plus vite et le plus bas possible… en en vendant de plus en plus. Plus on vent, plus ça baisse. C’est comme ça qu’ils ont attaqué les institutions financières les plus solides, qui ne peuvent rien faire pour se défendre.
Des gens qui ont toléré ces abus, réclament maintenant l’interdiction des ventes à découvert. Mais les spéculateurs vont inventer un autre véhicule pour satisfaire leur cupidité. On ne pourra jamais éliminer cet appétit vorace, mais on pourrait au moins l’encadrer, la limiter dans un cadre très strict, on forçant les spéculateurs à dévoiler leur activité, comme on le fait avec les actionnaires initiés.
André Hains
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