Exagérations financières

Un grand quotidien nous rappelle aujourd’hui qu’une maison sur 416 a fait l’objet d’une saisie aux États-Unis, le mois dernier. Un drame, apparemment, qui illustre l’ampleur du désastre immobilier américain, à l’origine de tous les vents qui soufflent actuellement sur les marchés financiers et boursiers de la planète.

Pourtant, si l’on calcule bien, 1 maison sur 416, ça fait bien 0,0024 % seulement. Autrement dit, 99,76 % des maisons n’avaient pas de problème de financement aux États-Unis, le mois dernier. Doit-on vraiment parler d’un marché immobilier dans le gros trouble, qui continue de s’enfoncer?

La vérité, c’est que le marché immobilier est en train de se stabiliser aux États-Unis, selon les dernières statistiques. Dans les vingt grandes villes américaines sondées régulièrement à ce sujet, une douzaine ont vu les prix des maisons cesser de baisser, et plusieurs ont même vu des prix commencer à remonter. Le sauvetage de Fannie Mae et de Freddy Mac, les deux grandes firmes de refinancement hypothécaire, va permettre aux acheteurs de faire des offres de rachat, et au marché de se redresser.

Après les valeurs immobilières, regardons maintenant les valeurs mobilières, autrement dit boursières. Hier, des gros spéculateurs s’en sont pris à Morgan Stanley, une banque d’affaires qui avait pourtant dévoilé la veille, un bénéfice trimestriel de 1,4 milliard $ (G$). Sur une base annuelle, ça donne plus de 5,5 G$ de bénéfice. Une entreprise fragile, qui cacherait des cadavres dans le placard? Voyons donc!

Ils ont aussi attaqué Goldman Sach, qui avait pourtant dévoilé la veille un bénéfice trimestriel de près de 800 millions $ (M$), soit plus de 3 G$ sur une base annuelle. Quand l’exagération atteint ce niveau, elle devrait déclencher les rires, plutôt que la panique.

Et notre bonne vieille BCE? En terminant la journée boursière d’hier à 34,05 $, l’action offrait un énorme escompte de 8,70 $, par rapport au prix de rachat de 42,75 $, dans moins de trois mois, donc moins d’un trimestre. Je vous laisse calculer vous-même le rendement composé sur une base annuelle.

Les spéculateurs évoquaient la faiblesse de Merrill Lynch, et son incapacité de financer sa part de la transaction sur BCE. Cette firme de courtage, la plus grande au monde, sera rachetée par Bank of America, et deviendra donc plus solide financièrement, et la banque, elle, deviendra encore plus grosse. Alors où est le problème de financement de BCE?

André Hains

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