De 20 $ Ă 4 $ en un an
Au début de l’automne dernier, l’action de Garda World se transigeait autour de 20 $ à Toronto. Hier, elle valait à peine 4 $. Que s’est-il passé depuis un an?
La crise financière qui semble avoir culminé avant-hier sur les marchés boursiers mondiaux, n’a évidemment pas aidé la petite entreprise montréalaise de sécurité, c’est évident. Mais l’ambition dévorante de son président, poussée jusqu’à l’audace, n’a certainement pas aidé non plus.
Stéphane Crétier voulait bâtir une grande entreprise mondiale de sécurité. Noble ambition, s’il en est. Mais quand cette ambition pousse l’entrepreneur à vouloir acheter tout ce qui bouge, et à viser rien de moins que la Brinks, ou à faire l’acquisition d’une entreprise qui œuvre dans des pays en guerre comme l’Irak, l’ambition tourne à l’audace, et augmente énormément les risques de l’entreprise.
Quand on investit dans une entreprise, on recherche d’abord et avant tout un rendement. Le pouls d’une entreprise, c’est le rendement sur l’avoir des actionnaires. Quand le pouls bat faiblement, ou de façon irrégulière, le médecin s’inquiète, et l’investisseur aussi.
Il y a deux ou trois ans, Garda faisait des acquisitions à la chaîne, et défrayait les manchettes de l’actualité économique et financière. Lors de la conférence de presse suivant l’assemblée annuelle, j’ai demandé au président quel était le rendement sur l’avoir des actionnaires de son entreprise. Il a répondu qu’il connaissait toutes les statistiques importantes de son entreprise, mais pas celle-là . Il a ajouté que quand l’action ne gagnerait plus 20 ou 30 % en Bourse par année, il ferait autre chose dans la vie.
Hier, il a reconnu que l’endettement gonflé par les acquisitions, pesait lourd sur les résultats financiers. Les analystes attendaient 18 ¢ de bénéfice par action pour le dernier trimestre, qui s’est soldé par une perte de 3¢ par action. L’action a décroché de 54 %.
Les dirigeants songent à vendre certaines activités à risque élevé, comme le transport des valeurs par exemple, qui ont causé beaucoup de soucis récemment. Elle pourrait aussi quitter le marché boursier, un peu trop turbulent aux yeux de certains dirigeants, et redevenir une entreprise privée, avec des investisseurs plus patients, aux dires de M. Crétier.
L’ambition, c’est bien; l’audace, c’est dangereux. Quand on dirige une entreprise engagée dans le domaine de la sécurité, il faudrait peut-être démontrer un peu de prudence.
André Hains
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