Ouragan sur Wall Street
La saison des ouragans bat son plein aux États-Unis, semant le désastre et la désolation dans les Caraïbes, le golfe du Mexique et les États américains du sud. Ike n’a pas fait beaucoup de victimes, mais a laissé derrière lui d’énormes dommages matériels.
Depuis quelques jours, un ouragan se levait sur les marchés financiers américains, et a déferlé hier sur Wall Street, entraînant dans la faillite la banque d’affaires Lehman Brothers, et forçant le rachat de Merrill Lynch, la plus grande firme de courtage au monde en valeurs mobilières, par la puissante Bank of America, pour environ la moitié de sa valeur véritable.
Tous les marchés boursiers mondiaux se sont affolés, entraînant à leur suite les médias, toujours prompts à « dramatiser » les événements, pour en « beurrer » plus épais que la concurrence. Comme si tout ce beau monde avait soudain perdu la mémoire, et avait oublié les événements d’octobre 1987.
Le lundi 19 octobre 1987, le Dow Jones a perdu 508 points, à 1741, une dégringolade de 22,6 %. Hier, il a perdu 500 et quelques points, soit à peine 4 %. Deux contextes économique totalement différents, mais qui devraient indiquer aux acteurs d’aujourd’hui ce que leurs aînés ont vécu, il y a vingt ans.
Que s’est-il passé au lendemain du mémorable krach d’octobre 1987? Tous les courtiers en valeurs mobilières se sont retrouvés à deux doigts de la faillite, et les banques, beaucoup plus solides, ont volé à leur secours.
Dans les mois qui ont suivi, au Canada, la Banque Royale a acheté Dominion Securities, la CIBC a acheté Wood Gundy, la Scotia a acheté McLeod Young Weir, la Banque de Montréal a acheté Nesbitt Thomson et Burns Fry, la Banque Nationale a acheté Lévesque Beaubien et Geoffrion Leclerc, et ainsi de suite. Et les affaires ont continué, comme d’habitude, mais avec des banques encore plus grosses, et des courtiers plus solides.
C’est probablement la même chose qui va se produire aux États-Unis, comme on l’a déjà vu avec Bank of America qui a acheté Merrill Lynch. D’autres vont peut-être acheter Lehman Brothers ou certaines de ses filiales les plus rentables; l’assureur AIG va probablement vendre des filiales pour se renflouer, et la vie va poursuivre son cours.
Tout cela parce que des taux d’intérêt très bas ont entraîné des abus inqualifiables. J’y reviendrai plus longuement dans le prochain bulletin hebdomadaire.
André Hains
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