Pourquoi sauver Fannie et Freddie?

Des lecteurs attentifs de cette chronique me demandent pourquoi l’administration américaine a décidé de sauver les deux géants du refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac, à coup de milliards de dollars. Il paraît que personne n’a expliqué clairement le motif, dans les médias. Alors voici l’explication.

Au Canada, nos institutions financières nous prêtent habituellement elles-mêmes une hypothèque sur vingt ou trente ans, à partir de l’argent recueilli auprès des épargnants et investisseurs. Aux États-Unis, le prêteur de première ligne, celui avec qui l’emprunter fait affaire, accorde un prêt hypothécaire, et revend ensuite le contrat à un géant comme Fannie et Freddie. Ceux-ci achètent le contrat à 96 ou 97 % de sa valeur, et le prêteur de première ligne va chercher d’autres clients emprunteurs.

Ici, on fait la même chose dans d’autres domaines, comme le prêt auto, le prêt sur les meubles, etc. Quand un vendeur de meubles vous vend des marchandises payables dans six mois ou un an, par exemple, ce n’est pas lui qui supporte ce crédit; il revend votre contrat à une institution financière. C’est cela qu’on appelle des PCAA ou papiers commerciaux adossés à des créances. Aux États, on fait la même chose avec le crédit hypothécaire. Fannie et Freddie détiennent environ la moitié de tout ce marché aux États, soit des centaines de milliards de dollars.

Le scandale des subprimes ou hypothèques à risque élevé, a gelé brusquement ce marché, à l’été 2007. La FED, la banque centrale américaine, a abaissé son taux directeur d’intérêt de 5,5 à 2 % depuis un an, mais les taux hypothécaires n’ont pratiquement pas baissé, comme ils auraient dû le faire, parce que les institutions financières ont gardé pour elles le bon argent qui rentrait, afin de remplacer l’argent gelé dans les subprimes.

Le prix des maisons a fortement chuté aux États, mais les acheteurs potentiels ne peuvent pas les acheter, car le crédit hypothécaire coûte encore trop cher. Pour forcer les prêteurs a baisser les taux hypothécaire, il fallait renflouer Fannie et Freddie, pour qu’ils continuent à refinancer des hypothèques à taux plus bas. C’est ce que le secrétaire au Trésor américain (ministre des Finances), Henry Paulson a fait, en mettant en tutelle Fannie et Freddie.

En abaissant les taux hypothécaires, on permet à des acheteurs de racheter des maisons dont les prix vont en chute libre, et stopper ainsi la chute des prix. Autrement, les prix auraient continuer de baisser, sans jamais (ou presque) trouver d’acheteurs.

André Hains

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