Inquiétudes sur le front de l’emploi
Les dernières statistiques mensuelles au sujet de l’emploi, publiées généralement le premier vendredi du mois, font état de pertes importantes en juillet, aussi bien au Canada qu’aux États-Unis. Des commentateurs n’allaient pas rater une si belle occasion d’agiter un peu le spectre d’une récession prochaine.
Au Canada, par exemple, on aurait perdu 55 200 emplois en juillet, le pire mois en 17 ans, précisait en manchette un quotidien montréalais en fin de semaine. Ça renforce un titre principal, qui ne parlait pourtant que de « signes de faiblesses ».
Rappelons aux doux rêveurs qu’un taux de chômage de 0 % ne peut pas exister dans la vraie vie. Il y aura toujours des mères, et même des pères maintenant, qui s'absenteront du travail quelques semaines ou quelques mois, au moment de la naissance d’un enfant. Il y aura toujours des fermetures d’usine, des mises à pied temporaires, des retours aux études et des changements d’entreprise. Les économistes sérieux parlent d’un niveau de plein emploi, quand le taux de chômage tourne autour de 4 %. Alors à 5 ou 6 %, le marché du travail ne semble pas sur le point de s’effondrer, comme au début des années 1930.
Aux États-Unis, le taux de chômage aurait atteint 5,7 % le mois dernier, une quatrième hausse consécutive… comme si ce taux ne pouvait que baisser. Je rappelle en passant que nos voisins restent encore bien en-dessous du taux de 7,5 %, avec lequel ils vivaient quand même, il y a une quinzaine d’années. D’ailleurs le taux de chômage perd de l’importance sur le marché du travail, au profit du taux d’emploi, qui donne un bien meilleur aperçu de la vigueur de ce marché.
Les mêmes personnes qui s’inquiètent tellement du taux de chômage, s’inquiètent tout autant du niveau de l’inflation. Or il existe un lieu direct entre ces deux réalités, comme le savent tous les économistes, qui connaissent depuis des décennies la célèbre courbe Phillips, du nom de son auteur, qui a constaté ce rapport direct entre le chômage et l’inflation : plus le taux de chômage baisse, plus le taux d’inflation augmente, et vice versa.
Regardez ce qui se passe dans l’ouest canadien. Le taux de chômage de 2 ou 3 %, fait flamber les prix et les salaires, au point où les dépanneurs locaux de Couche-Tard, qui affichent la bannière Mack's dans cette région, doivent importer des travailleurs de l’Ontario et des Maritimes, et leur offrir des avantages sociaux impensables ici.
« Tout ce qui est exagéré, est insignifiant », disait le bon vieux Talleyrand. Les gens qui font les manchettes des médias, ne connaissent sans doute pas cette parole de sagesse.
André Hains
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