Pétrole : court et long terme
Pour une seconde fois depuis quelques semaines, les prix du pétrole ont fortement décroché deux jours de suite, hier et avant-hier, perdant cette fois plus de 11 $ en deux jours. La fois précédente, ils avaient cédé plus de 9 $ seulement.
Ça commence à ressembler sérieusement à une baisse annoncée à plus long terme. Alors si vous n’avez pas encore succombée à la fièvre de l’or noir, ou si vous y avez déjà accumulé quelques bons bénéfices, vous devriez surveiller de très près le changement de tendance qui semble se dessiner.
Quand un produit fait l’objet d’une intense spéculation, les prix augmentent beaucoup plus qu’ils ne le devraient, sur la base des données économiques fondamentales. Autrement dit, les gros spéculateurs agissent comme des judokas : ils accentuent les gestes de l’adversaire, pour le faire tomber.
La plupart des observateurs sérieux considèrent que les prix du pétrole contiennent actuellement 30 à 40 $ de spéculation, et certains vont même jusqu’à 50 à 60 $. Des spéculateurs voient le baril quelque part entre 150 et 200 $ le baril dans quelques mois, et ils achètent des contrats à terme en fonction de ces prix.
Mais plus les prix grimpent artificiellement, plus ils incitent les consommateurs à réduire la demande, en faisant du covoiturage, en achetant de plus petites automobiles, en accentuant les investissements dans les transports en commun, etc. Autrement dit, la spéculation à court terme entraînent des effets à long terme, qui vont peser ensuite longtemps sur les prix du pétrole. C’est exactement ce qui s’est produit au lendemain des deux chocs pétroliers de 1973 et 1979.
Mais autant les spéculateurs peuvent pousser exagérément les prix à la hausse, autant ils peuvent le faire à la baisse. C’est ce qu’ils font présentement dans le secteur des institutions financières, par exemple, en utilisant la crainte de la contamination par le virus des subprimes, ces hypothèques à risques très élevés.
Alors non seulement les prix du pétrole risquent de décrocher sérieusement au cours des prochaines semaines, mais ils risquent aussi de décrocher plus qu’ils ne le devraient, sous l’action des spéculateurs. Avant d’investir dans ce secteur ou de vous y accrocher trop longtemps, pensez-y à deux fois.
André Hains
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