Pétrole : court terme, long terme

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite avait bien raison, l’autre jour, en déclarant que ce sont les consommateurs qui vont dicter l’avenir et les prix du pétrole, et non pas les pays producteurs. Le monarque n’a fait que rappeler une vérité fondamentale de l’économie : ce sont toujours les consommateurs qui dirigent le marché, et non pas les producteurs de biens ou de services.

Ce qu’il n’a pas souligné, cependant, c’est que la flambée excessive des prix récemment, a produit un choc salutaire à court terme, mais que ce choc va maintenant entraîner des conséquences à long terme. Autrement dit, par exemple, la rage des automobilistes à la pompe (court terme), va les amener à remplacer leurs grosses automobiles voraces, par de plus petits véhicules, à l’avenir (long terme), comme au début des années 1980, après les deux premiers chocs pétroliers de 1973 et 1979.

Regardez ce qui s’est passé hier sur le marché de l’or noir. Après deux séances de forte baisse, qui ont réduit le prix moyen de plus de 9 $US le baril, tous les observateurs attendaient avec anxiété l’été des réserves américaines, publié chaque mercredi. Or le département de l’Énergie nous a annoncé hier que les réserves américaines de brut avait reculé de 6 millions de barils la semaine précédente, et le prix du baril n’a pratiquement pas bougé.

Bien sûr il faut rapprocher ce chiffre de celui des réserves d’essence, qui ont augmenté de 900 000 barils, et il faudrait regarder aussi l’état de la situation des autres distillats ou produits raffinés. Mais il reste que le prix du brut n’a pratiquement pas bougé, alors qu’il aurait dû fortement reculé.

Rappelez-vous aussi que le gouvernement Charest a annoncé la semaine dernière, qu’il voulait augmenter fortement les capacités du transport en commun au Québec, notamment dans la grande région de Montréal. Ce gouvernement, comme tous les autres, utilise de larges flottes de véhicules de toutes sortes : camions, police, pompier, et autres autos de service. Les gouvernements vont prendre tous les moyens, pour réduire leur propre consommation d’essence, et inciter les citoyens à faire de même.

Dans un récent bulletin hebdomadaire, j’ai rapporté quelques moyens simples qu’utilisent les familles et les entreprises, pour réduire leur consommation d’essence de 20, 40 et même 60 %. Si tout le monde prend tous les moyens possibles pour réduire la consommation, le roi Abdallah pourra dire, dans peu de temps, qu’il avait bien raison : ce sont les consommateurs qui orientent les prix, et non pas les producteurs. Et la réduction de la demande va peser longtemps sur les prix du pétrole et de l’essence.

André Hains

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