Patience et observation chez BCE
La saga qui oppose les acheteurs de BCE aux créanciers actuels de l’entreprise et aux bailleurs de fonds de la transaction, met à rude épreuve les nerfs fragiles des nouveaux investisseurs, qui ont misé sur une opération facile qui devrait leur rapporter 42,75 $ par action du géant des communications, avant la fin de juin. Mais elle leur offre aussi une belle occasion d’observer attentivement comment se livrent ces batailles de titans, inévitables quand on trouve en jeu des milliards de dollars, comme dans une énorme partie de poker.
La partie a franchi une nouvelle étape hier, quand un tribunal d’appel du Québec a renversé la décision d’un juge, rendue le 8 mars dernier, à l’effet que les créanciers actuels de BCE n’avaient pas été lésés dans leurs droits par les acheteurs et BCE, qu’ils connaissaient parfaitement la différence entre un prêteur et un actionnaire d’une entreprise, et que les acheteurs et BCE avaient respecté leurs droits.
Les cinq juges de la Cour d’appel pensent, de leur côté, que les acheteurs et BCE n’ont pas assez tenu compte des droits des créanciers, et qu’ils ont favorisé ouvertement les actionnaires. Le débat va donc se transporter en Cour suprême du Canada, dans les meilleurs délais, puisque les acheteurs prévoient toujours finaliser l’achat avant la fin du présent trimestre.
Et n’oublions pas les banques, qui ont accepté le printemps dernier de financer l’opération dans les conditions inscrites le printemps dernier dans leurs contrats, mais qui remettent en cause actuellement ces conditions, en invoquant les changements survenus dans les marchés financiers depuis l’été dernier, soit la crise du crédit commercial à court terme. Ces banques tentent, elles aussi, d’arracher quelques avantages supplémentaires, à la veille de la conclusion de cette transaction de quelque 52 milliards $.
Le plus drôle dans cette histoire, c’est que certaines entreprises logent dans les trois camps, soit celui des acheteurs, celui des prêteurs, et celui des actionnaires. Autrement dit, ces entreprises se débattent dans des conflits d’intérêts avec elles-mêmes! Je reviendrai sur ces conflits, dans le prochain bulletin hebdomadaire.
En attendant, la meilleure attitude à prendre pour les nouveaux investisseurs, c’est probablement de rester calmes, et d’observer attentivement ce qui se passe dans cette lutte de géants, pour en tirer le plus de leçons possible. Car il y aura d’autres batailles comme celle-là , au cours des prochaines années.
André Hains
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