Inflation ou développement économique?

Il aura suffi d’une seule phrase de Charles Plosser, un des dirigeants de la Réserve fédérale américaine (Fed), pour faire reculer brusquement les marchés boursiers hier. Pourtant, cette phrase rappelait simplement une évidence : une banque centrale doit aussi se préoccuper de la stabilité des prix.

Autrement dit, c’est bien beau d’abaisser les taux d’intérêt pour stimuler les marchés boursiers et soutenir la consommation des familles américaines, responsables de près de 70 % de la croissance économique, mais il faut aussi éviter de trop abaisser les taux d’intérêt, au point où l’économie risque de s’emballer.

Du coup, les gros gestionnaires de portefeuille ont compris que la Fed n’abaisserait peut-être plus ses taux avec la même détermination… et ils se sont mis à vendre. Or quand il y a plus de vendeurs que d’acheteurs en Bourse, les marchés reculent.

La veille, donc mardi, une autre statistique a révélé que le secteur tertiaire de l’économie, celui des services (techniques, professionnels, ventes au détail, etc.) avait créé un peu moins d’emplois que prévu le mois précédent. Les gros gestionnaires de portefeuilles ont compris que l’économie américaine se rapprochait encore un peu plus de la récession, et les marchés boursiers ont encore reculé. Ça, c’est l’explication superficielle. Comme la déclaration de Charles Plosser.

Autrement dit, les « experts » trouvent toujours rapidement des explications faciles, pour expliquer les humeurs boursières. La réalité reste toujours pourtant beaucoup plus simple : dès que les marchés font quelques gains importants, des gros gestionnaires se dépêchent de prendre quelques bénéfices, en vendant des titres qui viennent de monter de 10 ou 15 %. Ils n’investissent pas, ils spéculent, tout simplement.

Toutes les banques centrales à travers le monde, visent deux objectifs : contrôler l’inflation, et stimuler la croissance économique. Quand l’économie ralentit trop, elle devient la priorité, et on baisse les taux d’intérêt; quand elle menace de s’emballer, l’inflation devient la priorité, et on augmente les taux d’intérêt. Ça revient toujours à une question équilibre, qu’il faut tenter de maintenir.

Quand les marchés boursiers reculent, c’est habituellement parce qu’ils ont trop monté, les jours précédents. Quand ils bondissent, c’est généralement parce qu’ils ont trop reculé, les jours précédents. Ce n’est donc pas les variations quotidiennes qui importent, mais les variations hebdomadaires ou mieux encore mensuelles, qu’il faut surveiller; autrement dit, les tendances, et non pas les humeurs boursières.

André Hains

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